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Le BLOG 5 de Michèle BEGUIN
Au Népal, les déesses vont à l’école...


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Au Népal, les déesses vont à l’école...

Au Népal, les déesses vivantes vont à l’école…. Toute visite dans la ville de Kathmandu inclut un moment pour voir la déesse vivante. En fait il n’y a pas « une » mais « des » déesses vivantes dont la plus célèbre est en priorité celle de Kathmandu qui fut la déesse royale. Puis, bien plus rarement voit-on celle de Patan et en tout dernier et très rarement visite-t-on celle de Badgaon. Mais il y a encore bien plus de déesses, pratiquement chaque petite ville a sa déesse. L’étonnement des visiteurs est bien sûr énorme et se transforme toujours en une réflexion pessimiste puis négative sur le sort de ces petites filles. A l’heure où en Occident les gamines de douze ans ont flirt et liberté bien grande pour leur âge, ici au Népal une déesse vivante du même âge sort tout juste d’une période d’environ sept à huit ans de représentation divine et est jetée dans la vie quotidienne sans préparation, inadaptée à un futur plus basé sur le matérialisme qu’on peut l’imaginer. Jusqu’à ce jour, l’institution de la Kumari, déesse vivante représentant la force féminine vierge, a survécu. La période maoïste qui a marqué l’Histoire du Népal ces dix dernières années remet en question son existence et conteste la maigre pension donnée dans le temps par le roi du Népal et maintenant par le gouvernement. Ce minuscule pays officiellement peuplé de vingt-huit millions d’habitants avec environ huit millions de leurs ressortissants installés en Inde, se balance entre le vingtième et unième siècle et le moyen âge. La tradition antique d’une déesse vierge est encore d’actualité ici au Népal, seul pays au monde à la faire survivre. Le temps passe et l’évolution s’implante tout de même. La Cour Suprême a ordonné que l’instruction des déesses soit obligatoire. La déesse de Patan étudie en semaine mais, comme elle ne peut aller à l’école, son précepteur rémunéré par sa famille, vient à domicile lui enseigner les matières que les autres apprennent sur les bancs d’une classe. Il en est de même pour ses homologues de Kathmandu et Badgaon.. Il y a bien sûr des oppositions à cette fonction de Déesse vivante… Une avocate (Etre avocate au Népal n’est pas si commun) pointe que le rôle suranné de la déesse est même une forme d’esclavage… mais, pour le peuple Newar de la vallée et les autres ethnies, son existence est un réconfort dans le contexte d’une vie difficile, avant, pendant et après l’arrivée des Maos. Le culte de la puissance féminine a été actif dans de nombreuses sociétés dans le monde depuis la haute antiquité et a même joué un rôle important dans les civilisations méditerranéennes et de l’Asie mineure. Au 3ème millénaire av. J.C, des témoignages archéologiques relatifs aux célèbres villes de Mohenjo - Daro et Harappa prouvent son existence dans le sous-continent indien où l’énergie féminine est divinisée et toujours vénérée mais c’est au Népal que ce culte perdure de façon la plus intense sous forme anthropomorphique.

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L’énergie suprême créatrice qu’abrite le corps d’une fille pré pubère représente la force féminine dans toute sa puissance tout comme le corps d’une adulte symbolise le summum de cette force et l’épanouissement de la sexualité. Un des points marquants du Népal est d’avoir, encore de nos jours, des fillettes qui remplissent ce rôle et sont l’emblème de cette force créatrice. L’Histoire de la déesse vivante n’est pas aussi simple que les livres touristiques veulent le dire. Les croyances locales et celles du culte de la virginité dans l’ancien sous-continent indien. vont vers le 11ème siècle se joindre et s’unir dans le personnage d’une déesse vivante et la vénération de sa force. Un autre évènement important va développer cette croyance : la marée musulmane qui balaye le bassin du Gange aux 13ème et 14ème siècles et, à partir de 1323, mène le souverain Hari Singh Deva à importer, le culte de la déesse Taleju Bhavani du Bihar jusqu’à Badgaon au Népal. La vénération de Taleju Bhavani se superposa aux cultes préexistants. Si les dieux sont priés pour des raisons spirituelles, les déesses sont vénérées pour obtenir des bénéfices matériels. La déesse vivante représente aussi la Devi –déesse-mère créatrice- écartant les dangers extrêmes avec ses pouvoirs tantriques, secrets et obscurs. Elle lutte contre le mal sous les formes de Kali, Durga et d’autres. Elle peut être vénérée sous des formes humaines et lorsque ce n’est pas le cas, les dévots honorent la pureté originelle sous la forme d’une jeune vierge protégée contre toute forme de pollution : la déesse vivante. Ces sont les souverains des trois capitales des Newars –les plus anciens habitants du bassin de Kathmandu—qui ont institué l’existence de cette extraordinaire déesse hindoue. Depuis le début de ce culte humain, on vénère la déesse sélectionnée parmi de nombreuses candidates avec un soin particulier selon la lignée, donc la communauté – bouddhiste de haute caste- devant posséder les trente-deux qualités physiques de la perfection divine. La fillette choisie sera la forme terrestre de Taleju, déesse tutélaire du Népal, et officier un rôle protecteur pour une population fragile devant les dangers de la vie dans un pays difficile. Chaque capitale des trois anciens royaumes de la vallée de Kathmandu a chacune sa déesse –Kumari- élue de façon assez similaire et qui malgré le passage des siècles est toujours l’objet de grand respect malgré l’influence des maoïstes. On va se prosterner devant la déesse pour demander une aide formulée intérieurement et recevoir en retour un « prasad » don, communion, offert dans le silence par une Kumari impassible assise sur son trône en argent. Prises en charge dans le passé par les familles royales, maintenant par la municipalité ou le gouvernement, elles reçoivent une maigre pension. Les déesses vivantes vivent d’aumônes… appelons « offrandes » les quelques dons en liquide qu’offrent les fidèles. Il est vrai qu’elles ne roulent pas sur l’or nos déesses… et que le futur ne s’annonce pas rutilant. Les légendes courent vite, qui disent qu’un mariage avec une déesse n’assure pas une vie matrimoniale stable et que même, leur époux mourra très vite ? Prouvé faux. Certaines sont des épouses heureuses. Pour ne pas perdre totalement la période d’éducation, elles sont instruites par des professeurs privés et connaissent suffisamment de mathématiques que certaines se sont lancées dans les affaires à petite échelle! La politique du Népal a changé et le passage à la démocratie à tendance communiste a fait évoluer les mentalités. Il est des avocates qui œuvrent pour l’éradication du rôle de la déesse dans le cadre du respect de l’être humain. Mais les opposants se lèvent pour protéger la liberté de penser et la tradition. Celle-ci est tenace, car l’avant dernière déesse de Badgaon a perdu son « poste » ? Comment ? Elle a traversé les « eaux noires » comme on appelle les océans et, de ce fait, quitté le triangle sacré du sous-continent indien. En effet, invitée à aller aux Etats Unis, elle a donc franchi les limites du triangle sacré la rendant impure selon la stricte tradition. De ce fait, à son retour, les oppositions se sont levées pour qu’elle ne remplisse son rôle divin. Une autre l’a remplacée. Entre plusieurs courants de civilisation, le Népal a une richesse culturelle rare et se présente comme le musée des Himalayas avec de multiples nucléoles culturels mal ou même inconnus. La culture des bassins de Kathmandu, Pokhara et du Teraï est héritée de l’Inde, le voisin du sud qui dans l’antiquité a aussi abrité le culte de la déesse vivante dont il ne reste que des noms de lieux et des symboles dans les rituels.
Michèle Béguin



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A Propos de Michèle Béguin

CNIL:1050096 2004 © Michèle Béguin